20/11/2014

La vie en sous-titres : le sous-titre comme commentaire (2ème partie)

Et voici la suite de notre série : le sous-titre comme commentaire.
En principe le sous-titre doit refléter ce qui est dit. Bien entendu il faut souvent faire preuve de créativité (recréer des jeux de mots, des gags, expressions idiomatiques etc...), mais le but premier du sous-titrage n'est pas d'exprimer les pensées profondes non-dites, réelles ou supposées, du personnage.
Mais ce principe "psychanalytique" est parfois utilisé dans un but comique et cela contribue à la diversité et la richesse du métier de sous-titreur ! :

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Honest Subtitles: Russell Brand v Jeremy Paxman

05/10/2014

Le choix absurde de sweatshops linguistiques : ton thé au chrysanthème t'en tombe !

A l'heure où de plus en plus de chaînes TV françaises et étrangères se tournent vers le low-cost (qualitativement équivalent au fansub), il est temps de rappeler que low-cost et qualité ne font vraiment pas bon ménage. Certains en sont déjà revenus vu l'image désastreuse qu'un sous-titrage bâclé donne d'une chaîne TV (je me souviens du sous-titrage atroce d'"Epouses et concubines", qu'on constatait même sans parler un mot de chinois (passages entiers non traduits, français basique etc.) ! Ce film passait sur Arte, chaîne pourtant soucieuse de la qualité des sous-titres. 

On serait fâchée pour moins que ça ! Gong Li dans "La cité interdite".



Voici un article parodique de l'ATAA sur le Fansub que je recommande vivement : Après « Dorothée, passion sous-titres », « Rémy, passion chirurgie » 

Extrait: "Évidemment, certaines teams de chirurgie desservent l’image de ce travail amateur, surtout les « fastchirur », qui opèrent sans anesthésie, sans stérilisation et sans rencontrer la patiente avant l’intervention. « Comme dans tous les corps de métiers, certains font ça bien et d’autres non ». Rémy comprend la colère des médecins. « Après tout, ils font 10 ans d’études et espèrent vivre de ce métier, alors que nous, on fait ça comme ça, pour le plaisir. » Rémy admet aussi que leur pratique amateur a pu nuire aux conditions de travail des professionnels. Mais il pense aussi que c’est un peu facile de leur attribuer tous les maux. Il estime que leurs opérations gratuites ont contribué à un accès moins cher aux soins, en forçant les professionnels à revoir leurs honoraires à la baisse. Cela a aussi permis de démocratiser certaines opérations peu connues en France, comme la greffe de sourcils. « On répond à une demande, c’est tout. Des femmes m’écrivent tous les jours pour me demander si je peux les opérer le soir même, parce qu’elles ont un rendez-vous galant le lendemain. La beauté n’attend pas ! »Ces opérations, qualifiées de « sauvages » par les professionnels, ont aussi probablement permis l’accélération des procédures. En effet, pour faire face à ces pratiques illégales, qui sapent la fréquentation des cliniques privées, celles-ci, pour produire plus, ont créé des techniques pour opérer plus vite, et augmenter le « turnover » de patients. Même s’il arrive que le résultat soit médiocre, les cliniques peuvent ainsi réduire de 10 % les tarifs des procédures et produire par jour jusqu’à 4 paires de seins bonnet D de plus qu’avant ! (...)




Cet article vous a choqué ? Série "Urgences".


Parce que la chirurgie est une affaire sérieuse ? Eh bien, nous, professionnels de l’audiovisuel, estimons que le sous-titrage l’est tout autant. On peut songer qu’aucune vie n’est en jeu dans l’exercice de notre profession. Et pourtant, certains traducteurs spécialisés doivent parfois le penser, se voyant confier la traduction d’un témoignage pouvant mener à une condamnation lors d’un procès, par exemple. Ou dans le domaine médical où, à Berlin, une erreur de traduction de notice de prothèse a conduit à 47 opérations désastreuses en 2013. (http://blogs.mediapart.fr/blog/dominique-c/090813/erreurs-medicales-liees-une-erreur-de-traduction-breve). 
En audiovisuel, puisqu’il ne s’agit « que » de divertissement, la tendance est à prendre ça à la légère. Or une mauvaise traduction, un sous-titrage ou un doublage médiocre peuvent « défigurer » un film ou une série autant qu’un coup de scalpel malencontreux. Et la tendance des médias à faire l’apologie du fansubbing, comme l’article récent du Monde.fr que nous avons pris un malin plaisir à singer, ne fait qu’accroître l’idée générale que le sous-titrage, ce n’est pas bien méchant, c’est vite fait, pas si compliqué. Si l’on répand cette idée, comment empêcher le grand public de mépriser les traducteurs-adaptateurs, et leurs commanditaires de les traiter comme un coût regrettable qu’il faut réduire au maximum, sans se soucier de la qualité de leurs conditions de travail ? Oui, certains professionnels travaillent mal, comme dans tous les domaines, mais évitons de généraliser et surtout, arrêtons de fustiger les traducteurs qui osent demander une juste rétribution pour leur travail." 


Les flux tendus provoqués par le sous-titrage illégal sont une réalité déplorable, mais je ne pense pas que les fansubbers sont une réelle menace. Le problème vient plutôt du fait que certains clients (ne parlons pas de certains labos !) ne comprennent pas que le sous-titrage est un travail créatif très complexe et ne sont donc pas prêts à payer un prix correct. D'autres paient des sommes correctes à des labos qui entendent en garder la plus grande partie pour payer les sous-titreurs une misère (ce genre de pratiques n'attirent bien sûr que les sous-titreurs amateurs). Sachant pertinemment qu'ils n'attirent pas de bons traducteurs, ils leur proposent des logiciels censés les aider (traduction automatique) et justifier les tarifs grotesques proposés. Dans ces cas-là, le client final (la chaîne de TV, le producteur etc...) se fait berner. Et c'est lui qui en supporte les retombées. 

26/09/2014

Ne dites pas à mes parents que je suis sous-titreuse, ils croient que je vends des parapluies dans le désert d'Atacama



Quel est le point commun entre un sous-titreur et une entreprise qui crée des organismes génétiquement modifiés ? La mauvaise réputation.
Les réactions du public ressemblent en général à ça :

-  Regard vide. Silence.
- "Ah, on gagne sa vie avec ça ?"
- "C'est quoi le sous-titrage ?"
- "L'autre jour j'ai vu des sous-titres vraiment nuls."
- "C'est génial. C'est payé ?"
- "Moi, je préfère les versions doublées"
- "Moi, je ne regarde que la VO sans sous-titres. Je comprends tout."

Je me souviens d'un Festival de Cannes. Je discutais avec un producteur. Il m'a demandé ce que je faisais et lorsque je lui ai répondu "sous-titreuse", il a tourné des talons et est parti sans un mot.
J'étais stupéfaite, car si on considère le travail de création, de compétence linguistique et culturelle nécessaires au sous-titrage et le fait qu'un film étranger aurait bien du mal à s'imposer hors de ses frontières sans le doublage et le sous-titrage, sa réaction était franchement absurde (grossière et peu professionnelle également, soit dit en passant).

Certes, il y a trop de mauvais sous-titreurs sur le marché, mais il y a aussi bon nombre de mauvais acteurs, réalisateurs, producteurs et pourtant personne ne tourne des talons lorsque vous annoncez être réalisateur.

Aux Etats-Unis, malgré sa contribution créative importante, le sous-titreur n'est bien souvent même pas cité (un écrivain qui travaille dans sa propre langue ameuterait la Writer's Guild dans la seconde, qui étrangement ne représente pas les sous-titreurs), alors que même le comptable ou le traiteur figure au générique.



Il serait souhaitable que les professionnels de l'audio-visuel soutiennent davantage les sous-titreurs sur le plan des tarifs mais également sur la valeur de leur contribution créative et financière. 



22/09/2014

Non monsieur, c'est la boucherie Sanzot ici !

Halle Berry n'est pas la seule à être perplexe  
(ici dans "Extant", série de CBS, dont j'ai traduit la 1ère saison en français)


Voici un des joyeux commentaires de l'article d'Europe1 :  "Les "fansubbers" ou le sous-titrage low cost" par Francis 
(je le reproduis tel quel, sans aucune modification, ni correction).

"Les "pro" qui commentent le travail des fansubs le nez de travers, ça fait sourire. Il me suffit de reprendre la moitié de mes dvd pour trouver des fautes de traductions du niveau de ces derniers. De plus, il manque 2 points a cette comparaison: -Le travail de sous-titre sur les production non anglophone, comme par exemple l'animation ou les séries asiatiques, qui bénéficie d'un suivi non existant et dans le cas ou ce dernier a lieu, d'une qualité médiocre (tant au niveau du sous titrage que du doublage) de la part des boites pro. Et dans ces cas, il arrive fréquemment de voir une équipe prendre son temps pour faire le travail comme il faut. -Dans le cas des series de genre (Big Bang Théorie, Game of Throne, Walking Dead...), une connaissance du medium originale ou de l'univers qui permet la retranscription de tout le contenu "fan service". Friends, How i met your mother ou Big bang théorie en francais ou en sous titré francais, c'est juste la perte de 50% des références. Pour moi le choix est vite fait: V.O sans sous titre dans le cas d'une serie en anglais. Au fur et a mesure, on lit de moins en moins les sous titres, et on fini par ne plus en avoir besoin. Les quelques révérences qui nous passeront a coté ne seraient de toute manière pas dans les sous titres dans la grande majorité des cas. Pour les autres langues, bien souvent sous titre par fansubber, le travail des "pro" sur ce type de produit étant pas meilleur que la moyenne et surtout bien souvent inexistant."

Voici ma réponse à ce spectateur, qui est loin d'être le seul (malheureusement):

Quand on dit "pro", il vaut mieux exclure les gens qui se sont levés un matin en se disant : "Ce serait drôlement chouette si je gagnais ma vie en sous-titrant des films et séries". Ces gens, qui ne sont pas des fansubbers, mais des traducteurs plus ou moins bons sans la moindre formation en audiovisuel, cassent les prix (ils ne connaissent d'ailleurs ni les tarifs pratiqués, ni les droits d'auteur qu'ils peuvent réclamer à chaque diffusion). Trop de labos cherchant des sous-titreurs bon marché se tournent vers eux. Rien n'est relu et vogue la galère.
Heureusement, de plus en plus de labos, suite aux plaintes de leurs clients, reviennent vers les sous-titreurs compétents.
Mais dire que, parce qu'on a vu de mauvais sous-titres sur un DVD, tous les sous-titreurs qui gagnent leur vie avec ce métier sont nuls, est aussi bête que de dire que parce qu'un dentiste est nul, ils le sont tous et qu'on ferait tout aussi bien d'aller se faire arracher les dents sur la place publique.

Quant aux 50% de références perdues, selon notre commentateur adepte du fansub, on les a retrouvées :


A lire en 1-2 secondes 


J'aimerais terminer par un excellent commentaire d'un lecteur de Libé sur l'article : Séries Mania – Le sous-titrage, un sujet qui fâche :


Pourquoi a-t-on souvent l'impression, en lisant ce genre d'article, que les fansubbers et les traducteurs professionnels ne sont pas si différents ? Et que, à la limite, les fansubbers seraient même meilleurs ? Rappel : une différence majeure entre les fansubbers et les traducteurs pro, c'est que les seconds savent ce qu'ils font. La traduction ne s'improvise pas, c'est un travail qualifié. Dans un autre contexte (pour parler de chirurgiens, de mécaniciens, d'avocats...), si l'on écrivait que "professionnels et amateurs [sont] guidés par le même amour du travail bien fait", on s'apercevrait tout de suite du ridicule de cette déclaration. Pourquoi faire confiance aux amateurs lorsqu'ils affirment faire du bon boulot ? Selon la simple logique, il devrait être évident que la production de personnes dont ce n’est pas le métier a peu de chances, en moyenne, d’être meilleure que le travail de professionnels... Sauf à dévaloriser à la fois l’activité et la parole de ces derniers, ce qui est bien souvent le cas. Et si l'on objecte que les traductions type SDI sont mauvaises : elles ne sont justement pas faites par des professionnels dignes de ce nom.

(...)

A lire : la réponse de l'ATAA à un article du Monde diplomatique s'extasiant également sur le fansubbing.



13/09/2014

TV5MONDE : lancement du sous-titrage en espagnol

Je sous-titre pas mal en allemand pour TV5 Monde :
http://www.officemagenta.net/thelanguageblog/my-life-in-french-and-german-subtitles/films-sous-titres-allemand-movies-subtitled-german

Crime d'Etat (Réal. Pierre Aknine), 2013

Après le sous-titrage des programmes de TV5 Monde en anglais, allemand, néerlandais, portugais, roumain, russe et français,voici le sous-titrage en espagnol. Cette variété de sous-titres ne peut qu'être bénéfique au rayonnement de la culture française à l'étranger: http://www.ambafrance-es.org/TV5MONDE-lancement-du-sous-titrage


Malheureusement les budgets sont serrés et les tarifs du sous-titrage TV5 Monde beaucoup trop bas. A terme cela ne peut que nuire à la qualité et au but recherché (faire partager la culture française). Je n'ai pu accepter ces tarifs que parce que le repérage avait déjà été fait par le sous-titreur du même film vers l'anglais (qui, lui, a été payé le même tarif que moi mais pour le repérage + traduction et je ne sais pas comment il paye son loyer). Autant vous dire que je n'ai pas été surprise de tomber sur des erreurs de compréhension d'expressions idiomatiques et d'histoire de la politique du RPR et des institutions françaises dans la version anglaise. C'est en effet difficile à ces tarifs de recruter des traducteurs parfaitement bilingues et qui, à défaut d'avoir une bonne connaissance de la culture française, ont le temps de faire les recherches nécessaires.

11/09/2014

OÏez, OÏez, sous-titreurs ! Miroir, miroir, qui est la plus belle VOD ?

On va croire que ce blog est dédié à Netflix. Que nenni, mais il se trouve que Netflix monopolise l'actualité du sous-titrage. Alors voici les dernières nouvelles :

Excellent aperçu des dialogues à sous-titrer dans la série "Fargo".

"Fargo". Illustration de Chet Phillips 
Fargo est une série télévisée américaine d'anthologie créée par Noah Hawley 
et diffusée depuis le 15 avril 2014 sur la chaîne FX aux États-Unis





C'est un véritable petit cadeau de bienvenue que le Centre national du cinéma et de l'image animée (CNC) a réservé à Netflix, le géant américain de la vidéo à la demande par abonnement qui va débarquer en France le 15 septembre.
Discrètement, le CNC - qui collecte les fonds au profit de son compte de soutien au cinéma - a étendu la taxe sur les services médias audiovisuels à la demande (la vidéo à la demande et la vidéo à la demande par abonnement) aux opérateurs travaillant depuis l'étranger.

En clair, Netflix a beau s'installer au Luxembourg puis aux Pays-Bas, il n'échappera pas à la taxe française de 2 % prélevée sur le chiffre d'affaires des opérateurs de VOD et SVOD qui réalisent plus de 10 millions d'euros de vente par an. C'était une demande forte des opérateurs français qui criaient tous à l'inégalité de traitement, car jusqu'à présent leurs concurrents étrangers, Netflix ou encore Amazon installés hors de France, échappaient à toute taxation. Cette question de l'égalité de traitement fiscal est l'un des chevaux de bataille de Fleur Pellerin, la nouvelle ministre de la Culture et de la Communication.



Chacun pour soi. CanalPlay, OCS, Numericable, Vidéofutur, SérieFlix… À cinq jours du lancement de Netflix en France, les concurrents tricolores du leader mondial de la vidéo en ligne par abonnement sont tous sur le pied de guerre. Seulement, si les Gaulois s'apprêtent à faire front, ils ne feront pas bloc. Évoqué à maintes reprises, le projet d'un «Hulu à la française», entre TF1 et M6, du nom du portail commun de programmes créé outre-Atlantique par les diffuseurs ABC, NBC et la Fox afin de contrer Netflix, reste toujours un vœu pieux.


Mais pas question pour autant de rester les bras croisés. Les pouvoirs publics assurent qu'ils sont mobilisés. «Ce qui me préoccupe, c'est de voir si les acteurs classiques français sont à même de répondre à l'arrivée de Netflix», a déclaré la semaine dernière Fleur Pellerin, la nouvelle ministre de la Culture. «J'ai réuni en mars l'ensemble des présidents des groupes audiovisuels et je les ai encouragés à développer leur propre technologie, ce qu'ils sont en train de faire», s'est pour sa part félicité le président du CSA, Olivier Schrameck, voilà quelques jours.

28/08/2014

Ma vie en sous-titres : le sous-titre comme commentaire

Et si les sous-titres étaient non plus le reflet de ce qui est dit 
mais de ce qui est pensé ?

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David Kessler s'est réveillé un jour pour constater que tout ce qu'il disait était à présent sous-titré. Ces sous-titres reflétaient ses pensées et non plus ses paroles. Une équipe de tournage l'a suivi lors de sa première journée en société et a documenté les effets désastreux de cette fenêtre ouverte sur une vérité pas toujours confortable pour son entourage (ou pour lui-même). 
Avec Elisa Dyann, Danny Grossman, Steve Barr, Jim Martyka, Kip Stolberg et Rebecca Lyons. 


Film présenté à :
Tulsa Uncensored Film Fest
Los Angeles Uncensored Film Fest
World of Comedy Fest 
Twin Rivers Media Fest 
Wildsound Fest 
Mockfest 
Dusk Til Dawn Film Fest

21/08/2014

Sous-titrage pour des labos US et distribution européenne : Les derniers jours de la planète Terre ?

Voici une information importante pour les sous-titreurs travaillant avec des laboratoires de sous-titrage aux USA qui ne savent souvent pas encore sur quels supports européens seront distribués séries et films. Enfin, si vous comptez toucher vos droits de diffusion. 


Film que j'ai sous-titré en français pour Netflix France et d'autres.
" Les derniers jours de la planète Terre"


"Netflix UK n’est pas le « copier/coller » du service US : La programmation des séries en Grande-Bretagne reprend évidemment les séries exclusives de Netflix, mais au global l’offre s’avère assez différente. Plusieurs grandes séries sont absentes de la programmation anglaise, comme Glee, Grey’s Anatomy, Law and Order, Bones ou Mad Men. A côté de cela, on va trouver des séries comme Californication, Castle, Criminal Minds ou Doctor Who qui ne sont pas toujours présentes dans l’offre américaine. Et puis, Netflix a pensé à ajouter des séries purement britanniques, avec par exemple Dowton Abbey, Paddington et Bob The Builder qui sont des séries anglaises. Cela signifie donc que Netflix n’a pas forcément pu acquérir les droits des séries sur les territoires hors des Etats-Unis du fait des accords antérieurs signés par les studios avec les chaînes de TV locales et les plateformes de SVOD concurrentes. Evidemment cette situation n’est pas figée sur les nouvelles séries qui seront mises à l’antenne à partir de 2014 car alors la capacité de négociation de Netflix jouera pleinement du fait de sa couverture européenne. Mais comme les studios ont maintenant pour habitude de signer les droits VOD et SVOD dans le prolongement des droits TV, cela va inévitablement donner lieu à une féroce bataille entre les chaînes de TV européennes et Netflix. Et souvent, à ce petit jeu, c’est celui qui a les poches les plus profondes qui l’emporte.


Pour finir, la programmation des Pays-Bas s’appuie sur celle des Etats-Unis, avec la plupart des grandes séries de catalogue comme Dexter, Chuck, Lost, Heroes, mais sans certaines des grosses séries encore en cours de diffusion un peu partout dans le monde qui elles, doivent être sous droits télé et éventuellement bloquées par des holdbacks des chaînes. Des holdbacks qui auront sans doute du mal à tenir dans le temps si Netflix fait des offres d’exploitation SVOD dont le montant pourrait rapidement dépasser celui des droits annexes aux droits TV. Petite anecdote, Homeland Saison 1 est disponible dans l’offre néerlandaise de Netflix alors que la série est absente de l’offre américaine et anglaise.


Netflix en France, ça donnerait quoi ?

Ce panorama permet d’esquisser ce que pourrait être Netflix France à son lancement : une offre de SVOD, comprenant entre 2.000 et 4.000 titres, commercialisée au prix de 6,99 € ou 7,99€. Et contrairement aux idées reçues, le vrai défi de Netflix pour atteindre le premier million d’abonnés, ne portera pas tant sur les aspects réglementaires ou sur ses accords de distribution, mais bel et bien sur son offre de programmes.L'effet "binge viewing" sera sans aucun doute un moyen de recrutement efficace, bien que copié un peu partout depuis son apparition sur Netflix. Certes, ses concurrents français n’ont pas les mêmes moyens : ni financiers, ni techniques, ni marketing. Mais à ce jour ils ont un atout de poids : une offre de programmes dont la tonalité correspond plutôt bien aux goûts des Français, même si elle peut encore progresser en qualité et en densité.
 

Alors que va devoir faire Netflix ?

Pour le cinéma, Netflix va avoir 2 handicaps à surmonter : une chronologie désavantageuse sur les nouveautés et une forte concurrence de la TNT sur le catalogue (plus de 100 films de catalogue disponibles gratuitement chaque semaine), mais aussi une  rude concurrence des autres plateformes de SVOD qui ont déjà signé des accords avec les studios américains. Il va donc falloir que Netflix déploie des trésors d’imagination pour bâtir une offre réellement séduisante. Car ce n’est pas avec les films de seconde zone, tels que ceux que nous avons trouvé dans les récentes mises en ligne que Netflix va conquérir l’Hexagone.  Netflix va devoir nouer des accords puissants avec les producteurs français, eux-mêmes très engagés avec les chaînes de TV du simple fait de leurs engagements (préachats, coproductions, mandats divers).

Sur les séries, le marché VOD et SVOD français est plutôt bien quadrillé. D’un côté les offres  VOD H24, en direct des USA, qui se sont généralisées depuis 2007 et de l’autre des offres de SVOD qui se sont déployées au fil du temps et qui occupent de plus en plus de place ; sans oublier la diffusion des séries en Replay. Même si toutes les séries ne sont pas disponibles en SVOD, le terrain n’est donc pas vierge pour Netflix. Et comme les séries locales ne font pas forcément recette en VOD et en SVOD, c’est bien autour des séries américaines que la bataille va se cristalliser. Netflix misera sur ses séries exclusives, mais devra casser sa tirelire pour récupérer les séries américaines qui font les beaux jours de l’audience des chaînes françaises : 90210, Lie To Me, Law  & Order, Bones…mais aussi Castle, Mentalist, Homeland. La captation des droits SVOD sera un des grands enjeux de 2014 et à ce stade, il est difficile de savoir comment cela va se passer, car même si les chaînes ont réussi à bloquer ou à exploiter les droits SVOD pour le moment, il n’est pas certain qu’ils puissent continuer à le faire si Netflix met la pression sur les studios.

(...)

Au final, en décidant de se lancer en France, Netflix va se trouver confronter à son lancement le plus complexe à l’international : programmation, réglementation, distribution, mais aussi localisation des programmes en français. De quoi donner du fil à retordre aux équipes en charge du projet ;)  A bien y regarder, le lancement de Netflix France s’avère bien plus risqué  que prévu : d’abord parce que la comparaison avec la taille du portefeuille britannique sera permanente, ensuite parce que ses concurrents ne vont pas se laisser faire. Une très bonne nouvelle pour le marché VOD et pour tous les producteurs, car il faut bien l’avouer, l’année 2013 de la VOD est bien décevante : le marché VOD et SVOD se doit de rebondir au plus vite. "


Extrait de "Netflix : panorama de l’offre de programmes du leader mondial de la SVOD, Pascal Lechevallier pour Digital Home Révolution, 08 Décembre 2013, http://www.zdnet.fr/actualites/netflix-panorama-de-l-offre-de-programmes-du-leader-mondial-de-la-svod-39796151.htm

16/08/2014

Doublage et sous-titrage ou un commentaire de l'interview de Michel Papineschi : la voix de Robin Williams c'était lui


Arabian Gulf (Dec. 19, 2003) -- Actor/comedian Robin Williams signs an autograph for Lt. Matthew Duffy, from Chicago, Ill, during a holiday special aboard USS Enterprise (CVN-65) hosted by the United Service Organization (USO). The show took place in the ship's hangar bay and featured the visiting Chairman of the Joint Chiefs of Staff, General Richard Myers, NASCAR driver Mike Wallace, and World Wrestling Entertainment (WWE) celebrity Kurt Angle. Enterprise is currently underway conducting missions in the Arabian Gulf in support of Operation Iraqi Freedom and the continued war on terrorism. U.S Navy photo by Photographer's Mate Airman Milosz Reterski.


Le fait que le doublage comme le sous-titrage sont des mondes fermés en France est très problématique. Surtout quand on voit la mauvaise qualité de certains doublages ("J’ai vu de grands acteurs être de très mauvais doubleurs et inversement. L’idéal c’est d’être les deux en même temps": Non, être les deux devrait être une condition, pas un idéal). 



Avec une concurrence réelle la qualité, on peut l'espérer, s'améliorerait ("le doublage français est considéré comme l’un des meilleurs au monde" dit Michel Papineschi. Selon qui exactement ? Ces critiques ont-ils entendu le doublage de certains personnages de "Royal Pains" par exemple ou d'un film comme "La prisonnière espagnole" carrément massacré au doublage?).




Je viens de vérifier les sous-titres de films doublés en français et en allemand. Le doublage allemand était la plupart du temps bien meilleur avec un véritable jeu d'acteurs, tandis que le doublage français était souvent plat et interchangeable, sans véritable jeu d'acteur. Il y a des réussites parfois (X-Files) mais la logique qui veut que les doubleurs ne sont pas forcément des acteurs se ressent dans la qualité très inégale du doublage français.




Les sous-titreurs, dont bizarrement on parle encore moins que les doubleurs, gagnent plutôt mal leur vie. Souvent on ne cite même pas leur nom alors que dans le monde du livre on cite toujours le traducteur.

Les métiers de la post-production sont en général moins respectés comme s'ils ne participaient pas à la création d'une oeuvre.

On préfère aduler une poignée d'acteurs, certes talentueux mais qui souvent se passeraient bien de cette attention devenue irrationnelle et qui préfèreraient être respectés pour leur travail comme tout un chacun.





25/06/2014

Festivals de cinéma et la qualité du sous-titrage

L'ataa a jeté le pavé dans la mare :
http://www.ataa.fr/blog/des-sous-titres-au-rabais-sur-tv5-monde-et-au-festival-de-cannes





"Car lorsqu’on divise la rémunération d’un professionnel confirmé par quatre ou cinq, comme veulent le faire les prestataires de sous-titrage du Festival de Cannes, ou par deux, dans le cas de ceux de TV5 Monde, jusqu’à la réduire à une portion tellement congrue que votre ado de 15 ans n’en voudrait même pas comme argent de poche, on dit bien que son activité ne mérite pas salaire, et donc qu’elle est accessoire.
« Révéler et mettre en valeur des œuvres pour servir l’évolution du cinéma, favoriser le développement de l’industrie du film dans le monde et célébrer le 7e art à l’international » c’est la vocation du Festival de Cannes. Mais comment révéler une œuvre, comment juger de sa richesse et de sa complexité quand les producteurs, les distributeurs ou les vendeurs internationaux présentent des films traduits au rabais ?"

J'ai moi-même sous-titré pour divers festivals européens et il faut bien le dire les tarifs sont trop bas. C'est surprenant quand on sait que les festivals sont des vitrines qui permettent de vendre et ne parlons pas de la piètre image que de mauvais sous-titres peuvent livrer du pays et la culture ayant produit ces oeuvres.
On peut comprendre qu'un petit festival et/ou de petits producteurs payent moins mais le Festival de Cannes ne m'a jamais frappée par son indigence.

19/06/2014

Netflix, vu par des créateurs de séries


"L'écosystème audiovisuel français s'inquiète de l'arrivée de la plateforme américaine de streaming. A tort, disent ces quatre créateurs de séries canadiens et britanniques, qui évoquent l'impact de Netflix dans leur pays.

C'est désormais un fait: Netflix arrive en France. Et, comme l'explique près d'un article par jour depuis des mois, les différents acteurs français de l'audiovisuel s'en effraient. La France, dont le système de l'exception culturelle (que saluent beaucoup d'étrangers) permet la préservation d'un audiovisuel extrêmement divers, a des raisons d'avoir peur. Les chaînes, les producteurs craignent notamment une remise en cause de la chronologie des médias, qui régit l’ordre d’apparition d’un film sur différents supports (un principe qui n'existe que très rarement ailleurs, et sous des formes différentes). Ils craignent aussi la remise en cause de l'obligation des chaînes et plateformes Internet de participer au financement de la création française.  Néanmoins, se pencher sur les avis des protagonistes étrangers sur l'installation de Netflix dans leur pays, après la création de la plateforme aux Etats-Unis en 1997 –à l'époque uniquement physique, fonctionnant par l'envoi de DVD– permet d'enrichir le débat en France, et de remettre en perspective certaines craintes. 

A l'occasion du festival de séries Séries Mania, à Paris, qui débute ce 22 avril, Slate s'est donc entretenu avec un showrunner, deux scénaristes et une productrice venus de pays où Netflix est déjà installé, et dont les séries seront présentées cette semaine au Forum des Images. Deux viennent de Grande-Bretagne, où Netflix est arrivé en 2012 et où le nombre d'abonnés est estimé à plus d'1,5 million. Deux du Canada, premier pays où Netflix s'est exporté, en 2010, et où le nombre d'abonnés est estimé à 5,8 millions (environ un habitant sur six). Dans ces pays, pour l'instant, Netflix n'est que diffuseur, la plateforme n'y produit pas encore de contenus originaux."

Le débat est ouvert : Netflix, bonne nouvelle (plus de commandes) ou mauvaise nouvelle pour les sous-titreurs (tarifs au rabais, nom des sous-titreurs non cité, droits d'auteur non reversés) ? 
Apparemment Netflix et les autres plateformes de VOD ont signé un accord avec la SACEM, mais on a parfois tout le mal du monde à savoir où sont diffusés nos sous-titres si l'on travaille avec des agences aux Etats-Unis, ce qui retarde le versement des droits.
A voir donc...


Le Fan-subbing : fausse concurrence ?



Article intéressant sur le fansubbing:




"Vous êtes nul en anglais, mais vous n'avez pas la patience d'attendre la sortie en VF de vos séries préférées? Heureusement il y a le sous-titrage amateur... avec des résultats parfois cocasses! Un nouveau blog recense les erreurs les plus amusantes commises par les "fansubbers", ces amateurs de séries qui, dictionnaire en main, traduisent les sous-titres de séries télé.


Après avoir récupéré sur internet le dernier épisode de la série (ce qui est, rappelons-le, totalement illégal), les fansubbers traduisent et synchronisent mot à mot les paroles de leurs acteurs préférés. Un travail hebdomadaire colossal qu'ils mettent ensuite à disposition des internautes francophones qui maîtrisent mal l'anglais. Mais ces traducteurs du dimanche ne sont pas à l'abri d'une erreur, surtout quand ils s'attachent au sens littéral, voire quand ils passent à côté d'une expression idiomatique."

Alors qu'en est-il ? Doit-on pester contre les fans-subbers et/ou ceux qui se servent de leurs créations ? 
On ne peut pas généraliser. Certains producteurs aiment la qualité et dans de certes trop rares cas c'est le réalisateur qui insiste pour que le sous-titrage ne soit pas fait au rabais (j'ai eu quelques cas). Utiliser à des fins commerciales des fansubs est par ailleurs illégal. Cela me fait penser à un producteur qui se plaignait qu'on avait piraté ses films dans des pays d'Europe de l'Est et que ces DVDs pirates avaient même été sous-titrés par les pirates. Il déclarait que du coup il n'avait aucun scrupule à leur voler les sous-titres. Certes, on peut penser rétablir une sorte de justice en faisant cela, mais un acte illégal ne peut pas se justifier par un autre acte illégal. Sans parler de la qualité probablement mauvaise de ces sous-titres volés. Il va y avoir contraste entre les sous-titres qu'il nous a confiés à moi et à d'autres sous-titreurs professionnels et ces sous-titres pirates au sein de sa collection supra luxe collector !

Voir aussi: http://lessoustitresdelahonte.tumblr.com


18/06/2014

Les méandres du sous-titrage



Voici un extrait de l’entrevue avec Sylvestre Meininger, parue en avril 2003 (!) sur “Ecran Noir” et qui devrait en décourager plus d’un de se lancer dans ce métier à la légère :Sous-titreurs en colère : Ceux qui ont dit « non ».“Les adaptateurs sous-titreurs de la société SDI Media France (Subtitling and Dubbing International) en ont ras le bol. Leurs conditions de travail sont de plus en plus précaires et leur employeur s’obstine à baisser leurs tarifs sans écouter leurs demandes. Depuis le 24 mars, les 30 employés de cette société spécialisée dans l’adaptation et le sous-titrage de DVD ont décidé de stopper leur activité. Sylvestre Meininger, traducteur en grève, a rencontré Ecran Noir pour expliquer les aléas d’un métier dont nous, cinéphiles, avons tous besoin. Dans un petit café parisien, ce jeune homme au look décontracté ne mâche pas ses mots. Pour lui, le cinéma est victime de la mondialisation et les utilisateurs de DVD sont floués.”

On retiendra, concernant le statut de l’adaptateur en France (hors repérage donc) : “Les personnes chargées du repérage sont considérées comme des intermittents du spectacle, et les adaptateurs ont un statut d’auteur. De ce fait, un sous-titreur n’est pas un salarié. Il est payé au sous-titre et voit son contrat renouvelé à chaque nouvelle commande. Il n’a donc pas droit aux congés payés, ni aux allocations chômage. C’est un travail totalement indépendant.”Sur la qualité des DVD traduits par des débutants sous-payés: “Les utilisateurs de DVD sont trompés sur la marchandise. Ils croient acheter un produit de luxe, mais il est truffé d’erreurs dans la traduction car les sous-titreurs n’ont pas pu faire leur travail correctement.”Il est, je pense, dans l’intérêt de tout le monde de permettre aux sous-titreurs de vivre de leur métier tout simplement et de pouvoir faire un travail, dont ils sont fiers. D’ailleurs quel intérêt y a-t-il, hors une rentabilité à très court terme, à sortir des Blu-Rays qui brillent de partout avec un sous-titrage de fin de fête foraine. Il se répand dans le monde du cinéma la mentalité boursière de compagnies qui n’ont rien à voir avec l’art et à qui ça ne réussit déjà pas bien (dans sa pub United Airlines, par exemple, annonce vouloir repeindre (!) ses vieux avions aux sièges étroits et sales (ne parlons même pas du service désastreux), au lieu d’en acheter des neufs, à défaut d’améliorer les bonus. 


Bref, UA et d’autres seraient bien inspirés de laisser tomber leurs “making of”, quasi automatiques et souvent indigents, et de proposer une vraie plus value. Qu’au moins les professionnels du cinéma n’adoptent pas la vision qu’ont les compagnies aériennes du cinéma (avez-vous vu comment elles charcutent vos films pour les “adapter” à tous les publics à bord ? Tout est dit !)P.S.: La peinture numérique de gauche représente le tapis du Chinese Theater d’Hollywood, endroit mythique pour les cinéphiles du monde entier. 

Les sous-titres peuvent faire ou démolir un film : pétition

Plusieurs acteurs et réalisateurs de renom ont signé une pétition qui alerte sur les conditions de travail de ceux qui sous-titrent les films.

http://www.lepoint.fr/culture/a-mauvais-sous-titrage-film-mediocre-08-04-2014-1810173_3.php  

Extrait : "C'est un métier dont on parle peu, mais qui est pourtant indispensable au cinéma : le sous-titreur, soit la personne qui nous permet de profiter d'un film dans sa version originale. Et cela vaut aussi évidemment pour le public outre-Atlantique qui profite des productions françaises sous-titrées en anglais. Or, la colère monte au sein des professionnels du genre qui ont lancé une pétition en faveur des "Anglo Subtitlers in France" (ASIF).
Selon le Hollywood Reporter, qui rapporte l'information, près de deux cents personnes soutiennent cette démarche, parmi lesquelles Roman PolanskiJean-Claude Carrière, Jean-Xavier de Lestrade, Laurent Cantet, Patrice Leconte, Dominik Moll ou encore Dany Boon. À quelques semaines du Festival de Cannes, le texte vise à alerter l'opinion publique sur les conditions salariales de plus en plus basses de ces travailleurs de l'ombre. "Un bon sous-titrage aide concrètement un film à générer du profit", affirme la pétition. "
Le tarif syndical actuel de 4,10 euros par sous-titre souligne l'importance des bons sous-titres pour la carrière d'un film. Après avoir dépensé des centaines de milliers, voire des millions d'euros, à produire un film, il semble contre-productif d'essayer de faire des économies mineures sur le sous-titrage, au risque de miner les chances de succès du film sur le marché international.""

Netflix: opportunité ou menace pour le sous-titrage ?

Voici une remarque très intéressante concernant l'arrivée de Netflix en Europe:


 "La seule chose qui m’inquiète avec Netflix finalement, c’est la qualité du sous-titrage. Nos séries québécoises sont sur Netflix, comme Les Invincibles, mais nous n’avons pas le contrôle de la traduction. On ne sait pas qui sous-titre, mais manifestement quelqu’un qui ne comprend pas très bien le français et parfois il y a des contresens étonnants. J’en ai parlé à la société des auteurs au Québec, en demandant de faire pression pour que les traductions soient meilleures. Je pense que toutes les séries francophones ont le même problème. Netflix a fait savoir qu’ils feraient attention, mais pour l’instant rien n’a changé. Si j’étais à la place des Français c’est de ça que je m’inquiéterais: le sous-titrage. C’est une chose sur laquelle il faut être exigeant."

Autre lien vers un article intéressant sur le sujet: 

Enfin suite de la polémique : "La guerre de la télévision intelligente ne fait que commencer. Les grands acteurs du numérique s'affrontent sur les innovations technologiques, avec au bout du tunnel le challenge de la détention du contenu."

Ce que je trouve par contre assez étrange et injuste est que le sous-titreur/la sous-titreuse ne sont généralement pas nommés dans les sous-titres sur Netflix. La faute en reviendrait aux studios. A vérifier. Quand on pense que le traiteur est nommé, il est totalement incompréhensible qu'un auteur de sous-titres, un créateur donc, soit passé sous silence.

La guerre des étoiles au pays du sous-titrage

Je viens de terminer le sous-titrage de l’édition spéciale “Star Wars” qui va bientôt sortir en France. J’ai discuté à cette occasion avec un partenaire américain des conditions de travail des sous-titreurs. Je trouve étrange mais révélateur que contrairement aux auteurs qui écrivent dans leur langue, les sous-titreurs, dont le rôle est celui d’auteur également, puisqu’il faut interpréter, transposer, recréer, ne soient pas représentés par la “Writers Guild“, ni par aucune autre organisation aux USA à ma connaissance. En France, la SCAM et quelques autres organismes nous représentent et l’AGESSA est une caisse qui nous réunit à nos cousins peintres, photographes, auteurs etc. Malgré tout, la profession est peu respectée, car incomprise. Pour certains la traduction est à la portée de n’importe quel logiciel, ou éventuellement d’une secrétaire bilingue ou d’un fan de série enthousiaste. J’ai eu une discussion sur un forum avec un avocat du droit des médias qui soutenait que le traducteur d’oeuvres artistiques ne faisait pas acte de création (un retour sur les bancs de la fac s’impose vu son ignorance de la législation qui reconnaît cet acte de création).

Le peu de considération de la profession est également lié à la médiocrité de certains traducteurs. En effet, beaucoup de débutants, sans réelle expérience, se lancent dans l’aventure et acceptent des tarifs dérisoires. Les agences comme Softitler, plus préoccupés par les tarifs au ras des pâquerettes que de l’expérience des sous-titreurs, encouragent les sous-titres lamentables qui décrédibilisent la profession. Enfin, les studios ne prévoient souvent aucun budget ni de délais de réalisation pour le sous-titrage, qui finit trop souvent par être confié à une agence bon marché avec des délais de 5 jours pour un film d’1h45 ! Il est difficile de comprendre pourquoi, alors que le marché international est crucial pour les bénéfices des studios, si peu d’effort et d’argent sont investis dans la traduction (“Le marché américain demeure insuffisant pour rentabiliser les films produits par les majors. Il ne couvre, en moyenne, qu’un tiers des coûts de production de ces films, l’amortissement complémentaire étant réalisé sur les marchés internationaux, la vidéo et les marchés annexes.” In : Bilan 2009 du CNC). 

Les studios pensent-ils que tout le monde parle couramment anglais ?, qu’il suffit de comprendre le film grosso modo ? Je les invite dans ce cas à économiser sur les effets spéciaux. Je suis sûre que des effets grosso modo convaincront le public et quelle économie ! Non ? Ah, autant pour moi ou plutôt au temps pour moi (mais quel détail que la grammaire et l’orthographe, si peu utiles au métier de sous-titreur). Je renvoie à cet égard à l’excellente analyse d’Estelle Renard, présidente de l’ATAA” : « La réponse est économique. Le marché de la traduction DVD est aujourd’hui largement dominé par des sociétés cotées en bourse dont le seul objectif est de dégager des marges pour leurs actionnaires.J’encourage vivement les personnes qui achètent des DVD dont le sous-titrage est mauvais à se plaindre auprès des distributeurs et à en demander le remboursement. Pour moi, ce sont des produits défectueux au même titre que des DVD dont l’image serait floue. »

De même, les réalisateurs devraient garder le contrôle de leur oeuvre jusqu’au bout (pas toujours facile aux Etats-Unis) et s’occuper de trouver un sous-titreur compétent et le rémunérer correctement avec des délais réalistes qui permettent des navettes entre réalisateur et traducteur pour intégrer des modifications, ajustements etc. Stephen Spielberg peut se le permettre et il l’a fait pour son film “Munich”.

Alors, quels sont les tarifs corrects ? Le tarif syndical est actuellement de 2,80 à 3,90  € par sous-titre (hors repérage), selon le SNAC. Ces tarifs sont difficiles à obtenir si l’on passe par une agence (qui prend sa marge). Dans ces cas là, je recommande un tarif de 10€/minute (les agences calculent en général par minute) ou d’1,50€ par sous-titre, toujours hors repérage. Après, j’adapte ces tarifs à la situation du commanditaire d’origine. S’il s’agit d’un réalisateur débutant qui veut présenter son film petit budget dans un festival, je ferai un geste commercial.

Dernier point, en France et dans beaucoup de pays européens, on cite heureusement le nom du sous-titreur en fin de générique, ce qui est bien normal. Aux Etats-Unis ce n’est pas le cas! Petit rappel : George Lucas avait du se battre dans les années 70 pour que le nom de tous les membres de l’équipe de pré-production, production et de post-production figurent au générique, car jusqu’alors seuls les chefs de service figuraient au générique. Dommage qu’il ait oublié de se battre pour les sous-titreurs, pourtant directement impliqués dans la post-production. Enfin, pompon de l’histoire, le sous-titreur ne reçoit souvent même pas un exemplaire du DVD ou Blu-Ray traduit. Imaginez un écrivain qui n’aurait pas reçu d’exemplaire de son livre. A méditer par les professionnels du secteur…