25/06/2014

Festivals de cinéma et la qualité du sous-titrage

L'ataa a jeté le pavé dans la mare :
http://www.ataa.fr/blog/des-sous-titres-au-rabais-sur-tv5-monde-et-au-festival-de-cannes





"Car lorsqu’on divise la rémunération d’un professionnel confirmé par quatre ou cinq, comme veulent le faire les prestataires de sous-titrage du Festival de Cannes, ou par deux, dans le cas de ceux de TV5 Monde, jusqu’à la réduire à une portion tellement congrue que votre ado de 15 ans n’en voudrait même pas comme argent de poche, on dit bien que son activité ne mérite pas salaire, et donc qu’elle est accessoire.
« Révéler et mettre en valeur des œuvres pour servir l’évolution du cinéma, favoriser le développement de l’industrie du film dans le monde et célébrer le 7e art à l’international » c’est la vocation du Festival de Cannes. Mais comment révéler une œuvre, comment juger de sa richesse et de sa complexité quand les producteurs, les distributeurs ou les vendeurs internationaux présentent des films traduits au rabais ?"

J'ai moi-même sous-titré pour divers festivals européens et il faut bien le dire les tarifs sont trop bas. C'est surprenant quand on sait que les festivals sont des vitrines qui permettent de vendre et ne parlons pas de la piètre image que de mauvais sous-titres peuvent livrer du pays et la culture ayant produit ces oeuvres.
On peut comprendre qu'un petit festival et/ou de petits producteurs payent moins mais le Festival de Cannes ne m'a jamais frappée par son indigence.

19/06/2014

Netflix, vu par des créateurs de séries


"L'écosystème audiovisuel français s'inquiète de l'arrivée de la plateforme américaine de streaming. A tort, disent ces quatre créateurs de séries canadiens et britanniques, qui évoquent l'impact de Netflix dans leur pays.

C'est désormais un fait: Netflix arrive en France. Et, comme l'explique près d'un article par jour depuis des mois, les différents acteurs français de l'audiovisuel s'en effraient. La France, dont le système de l'exception culturelle (que saluent beaucoup d'étrangers) permet la préservation d'un audiovisuel extrêmement divers, a des raisons d'avoir peur. Les chaînes, les producteurs craignent notamment une remise en cause de la chronologie des médias, qui régit l’ordre d’apparition d’un film sur différents supports (un principe qui n'existe que très rarement ailleurs, et sous des formes différentes). Ils craignent aussi la remise en cause de l'obligation des chaînes et plateformes Internet de participer au financement de la création française.  Néanmoins, se pencher sur les avis des protagonistes étrangers sur l'installation de Netflix dans leur pays, après la création de la plateforme aux Etats-Unis en 1997 –à l'époque uniquement physique, fonctionnant par l'envoi de DVD– permet d'enrichir le débat en France, et de remettre en perspective certaines craintes. 

A l'occasion du festival de séries Séries Mania, à Paris, qui débute ce 22 avril, Slate s'est donc entretenu avec un showrunner, deux scénaristes et une productrice venus de pays où Netflix est déjà installé, et dont les séries seront présentées cette semaine au Forum des Images. Deux viennent de Grande-Bretagne, où Netflix est arrivé en 2012 et où le nombre d'abonnés est estimé à plus d'1,5 million. Deux du Canada, premier pays où Netflix s'est exporté, en 2010, et où le nombre d'abonnés est estimé à 5,8 millions (environ un habitant sur six). Dans ces pays, pour l'instant, Netflix n'est que diffuseur, la plateforme n'y produit pas encore de contenus originaux."

Le débat est ouvert : Netflix, bonne nouvelle (plus de commandes) ou mauvaise nouvelle pour les sous-titreurs (tarifs au rabais, nom des sous-titreurs non cité, droits d'auteur non reversés) ? 
Apparemment Netflix et les autres plateformes de VOD ont signé un accord avec la SACEM, mais on a parfois tout le mal du monde à savoir où sont diffusés nos sous-titres si l'on travaille avec des agences aux Etats-Unis, ce qui retarde le versement des droits.
A voir donc...


Le Fan-subbing : fausse concurrence ?



Article intéressant sur le fansubbing:




"Vous êtes nul en anglais, mais vous n'avez pas la patience d'attendre la sortie en VF de vos séries préférées? Heureusement il y a le sous-titrage amateur... avec des résultats parfois cocasses! Un nouveau blog recense les erreurs les plus amusantes commises par les "fansubbers", ces amateurs de séries qui, dictionnaire en main, traduisent les sous-titres de séries télé.


Après avoir récupéré sur internet le dernier épisode de la série (ce qui est, rappelons-le, totalement illégal), les fansubbers traduisent et synchronisent mot à mot les paroles de leurs acteurs préférés. Un travail hebdomadaire colossal qu'ils mettent ensuite à disposition des internautes francophones qui maîtrisent mal l'anglais. Mais ces traducteurs du dimanche ne sont pas à l'abri d'une erreur, surtout quand ils s'attachent au sens littéral, voire quand ils passent à côté d'une expression idiomatique."

Alors qu'en est-il ? Doit-on pester contre les fans-subbers et/ou ceux qui se servent de leurs créations ? 
On ne peut pas généraliser. Certains producteurs aiment la qualité et dans de certes trop rares cas c'est le réalisateur qui insiste pour que le sous-titrage ne soit pas fait au rabais (j'ai eu quelques cas). Utiliser à des fins commerciales des fansubs est par ailleurs illégal. Cela me fait penser à un producteur qui se plaignait qu'on avait piraté ses films dans des pays d'Europe de l'Est et que ces DVDs pirates avaient même été sous-titrés par les pirates. Il déclarait que du coup il n'avait aucun scrupule à leur voler les sous-titres. Certes, on peut penser rétablir une sorte de justice en faisant cela, mais un acte illégal ne peut pas se justifier par un autre acte illégal. Sans parler de la qualité probablement mauvaise de ces sous-titres volés. Il va y avoir contraste entre les sous-titres qu'il nous a confiés à moi et à d'autres sous-titreurs professionnels et ces sous-titres pirates au sein de sa collection supra luxe collector !

Voir aussi: http://lessoustitresdelahonte.tumblr.com


18/06/2014

Les méandres du sous-titrage



Voici un extrait de l’entrevue avec Sylvestre Meininger, parue en avril 2003 (!) sur “Ecran Noir” et qui devrait en décourager plus d’un de se lancer dans ce métier à la légère :Sous-titreurs en colère : Ceux qui ont dit « non ».“Les adaptateurs sous-titreurs de la société SDI Media France (Subtitling and Dubbing International) en ont ras le bol. Leurs conditions de travail sont de plus en plus précaires et leur employeur s’obstine à baisser leurs tarifs sans écouter leurs demandes. Depuis le 24 mars, les 30 employés de cette société spécialisée dans l’adaptation et le sous-titrage de DVD ont décidé de stopper leur activité. Sylvestre Meininger, traducteur en grève, a rencontré Ecran Noir pour expliquer les aléas d’un métier dont nous, cinéphiles, avons tous besoin. Dans un petit café parisien, ce jeune homme au look décontracté ne mâche pas ses mots. Pour lui, le cinéma est victime de la mondialisation et les utilisateurs de DVD sont floués.”

On retiendra, concernant le statut de l’adaptateur en France (hors repérage donc) : “Les personnes chargées du repérage sont considérées comme des intermittents du spectacle, et les adaptateurs ont un statut d’auteur. De ce fait, un sous-titreur n’est pas un salarié. Il est payé au sous-titre et voit son contrat renouvelé à chaque nouvelle commande. Il n’a donc pas droit aux congés payés, ni aux allocations chômage. C’est un travail totalement indépendant.”Sur la qualité des DVD traduits par des débutants sous-payés: “Les utilisateurs de DVD sont trompés sur la marchandise. Ils croient acheter un produit de luxe, mais il est truffé d’erreurs dans la traduction car les sous-titreurs n’ont pas pu faire leur travail correctement.”Il est, je pense, dans l’intérêt de tout le monde de permettre aux sous-titreurs de vivre de leur métier tout simplement et de pouvoir faire un travail, dont ils sont fiers. D’ailleurs quel intérêt y a-t-il, hors une rentabilité à très court terme, à sortir des Blu-Rays qui brillent de partout avec un sous-titrage de fin de fête foraine. Il se répand dans le monde du cinéma la mentalité boursière de compagnies qui n’ont rien à voir avec l’art et à qui ça ne réussit déjà pas bien (dans sa pub United Airlines, par exemple, annonce vouloir repeindre (!) ses vieux avions aux sièges étroits et sales (ne parlons même pas du service désastreux), au lieu d’en acheter des neufs, à défaut d’améliorer les bonus. 


Bref, UA et d’autres seraient bien inspirés de laisser tomber leurs “making of”, quasi automatiques et souvent indigents, et de proposer une vraie plus value. Qu’au moins les professionnels du cinéma n’adoptent pas la vision qu’ont les compagnies aériennes du cinéma (avez-vous vu comment elles charcutent vos films pour les “adapter” à tous les publics à bord ? Tout est dit !)P.S.: La peinture numérique de gauche représente le tapis du Chinese Theater d’Hollywood, endroit mythique pour les cinéphiles du monde entier. 

Les sous-titres peuvent faire ou démolir un film : pétition

Plusieurs acteurs et réalisateurs de renom ont signé une pétition qui alerte sur les conditions de travail de ceux qui sous-titrent les films.

http://www.lepoint.fr/culture/a-mauvais-sous-titrage-film-mediocre-08-04-2014-1810173_3.php  

Extrait : "C'est un métier dont on parle peu, mais qui est pourtant indispensable au cinéma : le sous-titreur, soit la personne qui nous permet de profiter d'un film dans sa version originale. Et cela vaut aussi évidemment pour le public outre-Atlantique qui profite des productions françaises sous-titrées en anglais. Or, la colère monte au sein des professionnels du genre qui ont lancé une pétition en faveur des "Anglo Subtitlers in France" (ASIF).
Selon le Hollywood Reporter, qui rapporte l'information, près de deux cents personnes soutiennent cette démarche, parmi lesquelles Roman PolanskiJean-Claude Carrière, Jean-Xavier de Lestrade, Laurent Cantet, Patrice Leconte, Dominik Moll ou encore Dany Boon. À quelques semaines du Festival de Cannes, le texte vise à alerter l'opinion publique sur les conditions salariales de plus en plus basses de ces travailleurs de l'ombre. "Un bon sous-titrage aide concrètement un film à générer du profit", affirme la pétition. "
Le tarif syndical actuel de 4,10 euros par sous-titre souligne l'importance des bons sous-titres pour la carrière d'un film. Après avoir dépensé des centaines de milliers, voire des millions d'euros, à produire un film, il semble contre-productif d'essayer de faire des économies mineures sur le sous-titrage, au risque de miner les chances de succès du film sur le marché international.""

Netflix: opportunité ou menace pour le sous-titrage ?

Voici une remarque très intéressante concernant l'arrivée de Netflix en Europe:


 "La seule chose qui m’inquiète avec Netflix finalement, c’est la qualité du sous-titrage. Nos séries québécoises sont sur Netflix, comme Les Invincibles, mais nous n’avons pas le contrôle de la traduction. On ne sait pas qui sous-titre, mais manifestement quelqu’un qui ne comprend pas très bien le français et parfois il y a des contresens étonnants. J’en ai parlé à la société des auteurs au Québec, en demandant de faire pression pour que les traductions soient meilleures. Je pense que toutes les séries francophones ont le même problème. Netflix a fait savoir qu’ils feraient attention, mais pour l’instant rien n’a changé. Si j’étais à la place des Français c’est de ça que je m’inquiéterais: le sous-titrage. C’est une chose sur laquelle il faut être exigeant."

Autre lien vers un article intéressant sur le sujet: 

Enfin suite de la polémique : "La guerre de la télévision intelligente ne fait que commencer. Les grands acteurs du numérique s'affrontent sur les innovations technologiques, avec au bout du tunnel le challenge de la détention du contenu."

Ce que je trouve par contre assez étrange et injuste est que le sous-titreur/la sous-titreuse ne sont généralement pas nommés dans les sous-titres sur Netflix. La faute en reviendrait aux studios. A vérifier. Quand on pense que le traiteur est nommé, il est totalement incompréhensible qu'un auteur de sous-titres, un créateur donc, soit passé sous silence.

La guerre des étoiles au pays du sous-titrage

Je viens de terminer le sous-titrage de l’édition spéciale “Star Wars” qui va bientôt sortir en France. J’ai discuté à cette occasion avec un partenaire américain des conditions de travail des sous-titreurs. Je trouve étrange mais révélateur que contrairement aux auteurs qui écrivent dans leur langue, les sous-titreurs, dont le rôle est celui d’auteur également, puisqu’il faut interpréter, transposer, recréer, ne soient pas représentés par la “Writers Guild“, ni par aucune autre organisation aux USA à ma connaissance. En France, la SCAM et quelques autres organismes nous représentent et l’AGESSA est une caisse qui nous réunit à nos cousins peintres, photographes, auteurs etc. Malgré tout, la profession est peu respectée, car incomprise. Pour certains la traduction est à la portée de n’importe quel logiciel, ou éventuellement d’une secrétaire bilingue ou d’un fan de série enthousiaste. J’ai eu une discussion sur un forum avec un avocat du droit des médias qui soutenait que le traducteur d’oeuvres artistiques ne faisait pas acte de création (un retour sur les bancs de la fac s’impose vu son ignorance de la législation qui reconnaît cet acte de création).

Le peu de considération de la profession est également lié à la médiocrité de certains traducteurs. En effet, beaucoup de débutants, sans réelle expérience, se lancent dans l’aventure et acceptent des tarifs dérisoires. Les agences comme Softitler, plus préoccupés par les tarifs au ras des pâquerettes que de l’expérience des sous-titreurs, encouragent les sous-titres lamentables qui décrédibilisent la profession. Enfin, les studios ne prévoient souvent aucun budget ni de délais de réalisation pour le sous-titrage, qui finit trop souvent par être confié à une agence bon marché avec des délais de 5 jours pour un film d’1h45 ! Il est difficile de comprendre pourquoi, alors que le marché international est crucial pour les bénéfices des studios, si peu d’effort et d’argent sont investis dans la traduction (“Le marché américain demeure insuffisant pour rentabiliser les films produits par les majors. Il ne couvre, en moyenne, qu’un tiers des coûts de production de ces films, l’amortissement complémentaire étant réalisé sur les marchés internationaux, la vidéo et les marchés annexes.” In : Bilan 2009 du CNC). 

Les studios pensent-ils que tout le monde parle couramment anglais ?, qu’il suffit de comprendre le film grosso modo ? Je les invite dans ce cas à économiser sur les effets spéciaux. Je suis sûre que des effets grosso modo convaincront le public et quelle économie ! Non ? Ah, autant pour moi ou plutôt au temps pour moi (mais quel détail que la grammaire et l’orthographe, si peu utiles au métier de sous-titreur). Je renvoie à cet égard à l’excellente analyse d’Estelle Renard, présidente de l’ATAA” : « La réponse est économique. Le marché de la traduction DVD est aujourd’hui largement dominé par des sociétés cotées en bourse dont le seul objectif est de dégager des marges pour leurs actionnaires.J’encourage vivement les personnes qui achètent des DVD dont le sous-titrage est mauvais à se plaindre auprès des distributeurs et à en demander le remboursement. Pour moi, ce sont des produits défectueux au même titre que des DVD dont l’image serait floue. »

De même, les réalisateurs devraient garder le contrôle de leur oeuvre jusqu’au bout (pas toujours facile aux Etats-Unis) et s’occuper de trouver un sous-titreur compétent et le rémunérer correctement avec des délais réalistes qui permettent des navettes entre réalisateur et traducteur pour intégrer des modifications, ajustements etc. Stephen Spielberg peut se le permettre et il l’a fait pour son film “Munich”.

Alors, quels sont les tarifs corrects ? Le tarif syndical est actuellement de 2,80 à 3,90  € par sous-titre (hors repérage), selon le SNAC. Ces tarifs sont difficiles à obtenir si l’on passe par une agence (qui prend sa marge). Dans ces cas là, je recommande un tarif de 10€/minute (les agences calculent en général par minute) ou d’1,50€ par sous-titre, toujours hors repérage. Après, j’adapte ces tarifs à la situation du commanditaire d’origine. S’il s’agit d’un réalisateur débutant qui veut présenter son film petit budget dans un festival, je ferai un geste commercial.

Dernier point, en France et dans beaucoup de pays européens, on cite heureusement le nom du sous-titreur en fin de générique, ce qui est bien normal. Aux Etats-Unis ce n’est pas le cas! Petit rappel : George Lucas avait du se battre dans les années 70 pour que le nom de tous les membres de l’équipe de pré-production, production et de post-production figurent au générique, car jusqu’alors seuls les chefs de service figuraient au générique. Dommage qu’il ait oublié de se battre pour les sous-titreurs, pourtant directement impliqués dans la post-production. Enfin, pompon de l’histoire, le sous-titreur ne reçoit souvent même pas un exemplaire du DVD ou Blu-Ray traduit. Imaginez un écrivain qui n’aurait pas reçu d’exemplaire de son livre. A méditer par les professionnels du secteur…