05/10/2014

Le choix absurde de sweatshops linguistiques : ton thé au chrysanthème t'en tombe !

A l'heure où de plus en plus de chaînes TV françaises et étrangères se tournent vers le low-cost (qualitativement équivalent au fansub), il est temps de rappeler que low-cost et qualité ne font vraiment pas bon ménage. Certains en sont déjà revenus vu l'image désastreuse qu'un sous-titrage bâclé donne d'une chaîne TV (je me souviens du sous-titrage atroce d'"Epouses et concubines", qu'on constatait même sans parler un mot de chinois (passages entiers non traduits, français basique etc.) ! Ce film passait sur Arte, chaîne pourtant soucieuse de la qualité des sous-titres. 

On serait fâchée pour moins que ça ! Gong Li dans "La cité interdite".



Voici un article parodique de l'ATAA sur le Fansub que je recommande vivement : Après « Dorothée, passion sous-titres », « Rémy, passion chirurgie » 

Extrait: "Évidemment, certaines teams de chirurgie desservent l’image de ce travail amateur, surtout les « fastchirur », qui opèrent sans anesthésie, sans stérilisation et sans rencontrer la patiente avant l’intervention. « Comme dans tous les corps de métiers, certains font ça bien et d’autres non ». Rémy comprend la colère des médecins. « Après tout, ils font 10 ans d’études et espèrent vivre de ce métier, alors que nous, on fait ça comme ça, pour le plaisir. » Rémy admet aussi que leur pratique amateur a pu nuire aux conditions de travail des professionnels. Mais il pense aussi que c’est un peu facile de leur attribuer tous les maux. Il estime que leurs opérations gratuites ont contribué à un accès moins cher aux soins, en forçant les professionnels à revoir leurs honoraires à la baisse. Cela a aussi permis de démocratiser certaines opérations peu connues en France, comme la greffe de sourcils. « On répond à une demande, c’est tout. Des femmes m’écrivent tous les jours pour me demander si je peux les opérer le soir même, parce qu’elles ont un rendez-vous galant le lendemain. La beauté n’attend pas ! »Ces opérations, qualifiées de « sauvages » par les professionnels, ont aussi probablement permis l’accélération des procédures. En effet, pour faire face à ces pratiques illégales, qui sapent la fréquentation des cliniques privées, celles-ci, pour produire plus, ont créé des techniques pour opérer plus vite, et augmenter le « turnover » de patients. Même s’il arrive que le résultat soit médiocre, les cliniques peuvent ainsi réduire de 10 % les tarifs des procédures et produire par jour jusqu’à 4 paires de seins bonnet D de plus qu’avant ! (...)




Cet article vous a choqué ? Série "Urgences".


Parce que la chirurgie est une affaire sérieuse ? Eh bien, nous, professionnels de l’audiovisuel, estimons que le sous-titrage l’est tout autant. On peut songer qu’aucune vie n’est en jeu dans l’exercice de notre profession. Et pourtant, certains traducteurs spécialisés doivent parfois le penser, se voyant confier la traduction d’un témoignage pouvant mener à une condamnation lors d’un procès, par exemple. Ou dans le domaine médical où, à Berlin, une erreur de traduction de notice de prothèse a conduit à 47 opérations désastreuses en 2013. (http://blogs.mediapart.fr/blog/dominique-c/090813/erreurs-medicales-liees-une-erreur-de-traduction-breve). 
En audiovisuel, puisqu’il ne s’agit « que » de divertissement, la tendance est à prendre ça à la légère. Or une mauvaise traduction, un sous-titrage ou un doublage médiocre peuvent « défigurer » un film ou une série autant qu’un coup de scalpel malencontreux. Et la tendance des médias à faire l’apologie du fansubbing, comme l’article récent du Monde.fr que nous avons pris un malin plaisir à singer, ne fait qu’accroître l’idée générale que le sous-titrage, ce n’est pas bien méchant, c’est vite fait, pas si compliqué. Si l’on répand cette idée, comment empêcher le grand public de mépriser les traducteurs-adaptateurs, et leurs commanditaires de les traiter comme un coût regrettable qu’il faut réduire au maximum, sans se soucier de la qualité de leurs conditions de travail ? Oui, certains professionnels travaillent mal, comme dans tous les domaines, mais évitons de généraliser et surtout, arrêtons de fustiger les traducteurs qui osent demander une juste rétribution pour leur travail." 


Les flux tendus provoqués par le sous-titrage illégal sont une réalité déplorable, mais je ne pense pas que les fansubbers sont une réelle menace. Le problème vient plutôt du fait que certains clients (ne parlons pas de certains labos !) ne comprennent pas que le sous-titrage est un travail créatif très complexe et ne sont donc pas prêts à payer un prix correct. D'autres paient des sommes correctes à des labos qui entendent en garder la plus grande partie pour payer les sous-titreurs une misère (ce genre de pratiques n'attirent bien sûr que les sous-titreurs amateurs). Sachant pertinemment qu'ils n'attirent pas de bons traducteurs, ils leur proposent des logiciels censés les aider (traduction automatique) et justifier les tarifs grotesques proposés. Dans ces cas-là, le client final (la chaîne de TV, le producteur etc...) se fait berner. Et c'est lui qui en supporte les retombées.